Orchestre National de Belgique

L’Orchestre National et Abeer Nehme : la musique pour jeter des ponts entre les peuples et les cultures

Jeudi 24 novembre 2016

Le 11 décembre, l’Orchestre National de Belgique (ONB) se produira avec la chanteuse libanaise Abeer Nehme. Ensemble, ils interprèteront des chansons classiques de la musique libanaise arrangées pour l’orchestre symphonique. Après la collaboration fructueuse avec Marcel Khalifé lors de la saison musicale 2015-2016, l’ONB poursuit sur cette voie. Avec ce concert, nous souhaitons rapprocher différentes traditions musicales, tout en donnant forme, de manière concrète, à un message de paix et de tolérance, au-delà de toutes les frontières inimaginables. Ce concert est une coproduction avec BOZAR MUSIC et le Centre nomade des arts Moussem. 

La chanteuse Abeer Nehme (née en 1980) jouit d’une très vaste expérience musicale. Elle a étudié la musicologie et le chant arabe traditionnel à l’USEK (Université Saint-Esprit de Kaslik, au Nord de Beyrouth) et joue également du qanun, un tympanon oriental. Alors qu’elle s’était initialement spécialisée dans les chansons sacrées de la tradition maronite, sa maîtrise de différentes sortes de musique vocale lui a vite fait connaître le succès auprès de toutes les communautés du Liban. Sa célébrité dépasse les frontières du monde arabe puisqu’elle est aussi connue parmi les communautés grecques et syriaques de la diaspora et au-delà.

Le 11 décembre, elle interprétera des classiques du répertoire libanais, arrangés pour l’occasion pour l’orchestre symphonique. Au programme : des chansons de Fairuz, Wadih El Safi et Zaki Nassif, entre autres. Ces chanteurs-compositeurs étaient de véritables stars dans les années 1960, l’âge d’or de la chanson libanaise. Depuis, ils ont tous trois acquis un statut de légende, non seulement au pays du cèdre, mais aussi dans l’ensemble du monde arabe. La très populaire Fairuz, aussi connue comme « la perle libanaise » est l’une des plus grandes divas arabes. Les chansons des frères Rahbani, deux compositeurs tout aussi légendaires, occupent une place centrale dans son répertoire éclectique.  Wadih El Safi, surnommé « la voix du Liban », était connu pour ses cabrioles et improvisations vocales. Lors de sa longue carrière, il a interprété plus de cinq cents chansons et a partagé la scène avec Fairuz à plusieurs reprises. Zaki Nassif a suivi un parcours quelque peu différent de celui des deux autres chanteurs précités, car il est plus proche de la musique populaire libanaise traditionnelle. Ses chansons souvent patriotiques continuent de faire partie du patrimoine commun à tous les Libanais. En plus de chansons de ces trois célébrités, Abeer Nehme interprètera également ses propres compositions et une chanson en araméen. Pour l’occasion, l’ONB recevra le soutien de quelques solistes qui joueront des instruments ethniques comme le qanun, le ney et bien d’autres.

Abeer Nehme n’en est pas à son coup d’essai avec ce concert à la frontière entre deux traditions. Sa diversité transparaît déjà dans le fait qu’elle chante dans plus de 25 langues, de l’arabe à l’araméen et à l’arménien, en passant par l’hindi, le hongrois, l’italien, le persan, le roumain et le suédois. En 2012, elle a lancé son propre programme, Ethnofolia, sur Al Mayadeen TV (une chaîne libanaise renommée dans toute la région). Dans cette série documentaire, Abeer parcourt le monde à la découverte des origines de différentes sortes de musique populaire. Diversité et absence de cloisonnement caractérisent aussi son répertoire. Elle est aussi à l’aise avec le tarab arabe traditionnel qu’avec les chansons populaires du Moyen-Orient, les mélodies arabo-andalouses, les chants araméens et byzantins, l’opéra et la musique occidentale.

Lors de ses tournées, Abeer Nehme a déjà parcouru la moitié de la terre. Elle s’est produite dans tout le monde arabe (de l’Afrique du nord au Moyen-Orient en passant par les États du Golfe), dans une série de pays européens, ainsi qu’en Australie, aux États-Unis et au Nigéria. Vu son intérêt pour la musique sacrée, il n’est pas étonnant qu’elle ait participé à l’International World Sufi Spirit Festival, dans l’État indien du Rajasthan. En 1998 et 2004, elle s’est produite au Vatican pour le pape Jean-Paul II et a interprété de la musique en araméen ancien. Chez nous, elle est passée à Flagey en 2004. Dans divers pays, elle a été accompagnée par l’orchestre symphonique national, notamment en Arménie, en Ukraine, en Roumanie, en Syrie et en Tunisie. Elle a en outre travaillé avec l’Orchestre Symphonique de Kristiansand (Norvège) et avec des musiciens de l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg. En plus de ses activités de chanteuse, compositrice et instrumentiste, elle est aussi occasionnellement actrice de théâtre.

En novembre 2014, Abeer Nehme s’est produite aux côtés de Marcel Khalifé à Philadelphie. Ce dernier est en quelque sorte la conscience vivante des musiciens libanais et ce n’est pas un hasard si c’est avec lui que l’ONB a organisé un concert similaire pour la première fois durant la saison passée. Lors de la sanglante guerre civile du Liban (1975-1990), il a continué à partager un message de réconciliation et de tolérance lors d’innombrables concerts et manifestations pour la paix. Abeer Nehme appartient à la nouvelle génération d’artistes libanais qui marchent dans les traces de Khalifé et appellent à la collaboration par-delà les frontières religieuses et ethniques. Le Liban, creuset de cultures et carrefour entre les mondes chrétien et islamique, est un symbole particulièrement pertinent en ces temps troublés. L’ONB désire œuvrer activement à une société tolérante dans laquelle chacun a sa place, quelles que soient ses origines.

Hans Waege, intendant de l’ONB, déclare : « Pour remplir son rôle d’orchestre symphonique, l’ONB doit être pleinement impliqué dans la société contemporaine. L’ONB souhaite, plus que jamais, mais aussi plus que ce qui est d’usage dans le secteur, baser sa réflexion sur le sens de ses activités pour le public et la société. Quand on voit ce qui se passe aujourd’hui, il faut constater que les gens ne sont plus intéressés par un simple musicien avec un violon, il leur faut du stopping power, de l’émerveillement, de la particularité. Nous devons continuer à rechercher cet équilibre, il ne s’agit pas seulement de divertissement accessible ou de culture intellectuelle onéreuse. Nous voulons rendre sa valeur artistique à la musique symphonique. L’ONB veut se montrer innovant dans sa programmation d’œuvres symphoniques, mais cela est possible de différentes manières. » Y compris, donc, avec un concert comme celui d’aujourd’hui, qui mêle musique classique occidentale et musique du Moyen-Orient. La collaboration avec Abeer Nehme est un projet de cross-over, mais sans le caractère souvent superficiel de la fusion. Il s’agit davantage d’une rencontre musicale dans le respect de l’identité de chacun, où nous abandonnons les idées préconçues pour apprendre l’un de l’autre.


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Ibernice Macbean chant
Javier Perianes piano|
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Kinderkoor van de Vlaamse Opera choeur d'enfants